07.01.2009
L’Elysée se casse les dents sur le dimanche... dans un silence médiatique sidéral
Tout d'abord, chers lecteurs et amis, en ce début d'année, recevez tous mes meilleurs voeux de bonheur et de réussite pour vous et vos familles.
Philippe Martinez-Mateos.
L’étrange défaite du dimanche
Par Daniel Schneidermann
Etrange défaite, que celle de Sarkozy dans l’étrange « bataille du dimanche ». Les journaux télévisés n’y auront rien vu. La plupart des journaux non plus. Mais loin des caméras, c’est bien d’une déroute qu’il s’agit. Il faut dire que le sarkozysme a été défait par un ennemi invisible, incernable, tirant parti de manière scandaleuse des accidents du terrain. L’affaire, comme toutes les campagnes, avait pourtant débuté en fanfare. Sondage triomphant sur les attentes des Français dans l’irremplaçable journal(du dimanche) de l’ami Lagardère, succession d’interviews de vendeurs « qui ne demanderaient pas mieux que de travailler le dimanche mais en sont empêchés par les syndicats », de réunions de coordination de la majorité, etc.
Pourtant, au bout de quelque temps, il fut clair que le dimanche résistait. Le front patinait. Et puis, il n’y eut plus de doute : le dimanche serait le Stalingrad de ce conquérant. Il y était enlisé. Le dimanche résistait plus efficacement que les cheminots, les enseignants, les parents d’élèves, les chercheurs, les magistrats, les étudiants, les chômeurs, les assurés sociaux, et les salariés de France Télévisions.
D’où venait cette résistance ? Il y avait des réfractaires apparents : les commerçants des centres-villes, inquiets de perdre leur clientèle au bénéfice des centres commerciaux des périphéries, dès lors qu’ils auraient l’autorisation d’ouvrir le dimanche. On donna la parole à ceux-là.
Il devint pourtant évident que ces braves commerçants n’étaient que la vitrine légale du mouvement. Horreur : ils bénéficiaient du soutien de la population. Derrière eux, on devinait une résistance clandestine réelle, considérable, invisible. On la devinait partout et nulle part : dans les parcs, les jardins d’enfants, sur les terrains de sport, dans les cinémas, les théâtres, les guinguettes, les garrigues, les sentiers de grande randonnée, sur les bords du Cher ou de la Loire, sur les parcours de santé des bois de la région parisienne et des rives des ruisseaux de montagne. Cette résistance sautillait, gambadait, flânait, s’assoupissait parfois, s’ennuyait même éventuellement, mais - double horreur ! - n’en concevait nulle culpabilité. Elle ne répliquait rien aux objurgations du conquérant : elle regardait ailleurs, et gambadait de plus belle.
Et encore, cette résistance dominicale-là, s’exprimant dans des lieux publics, pouvait être facilement localisée et circonscrite. Mais il y avait pire. Une partie se terrait aussi derrière les murs des habitations privées. Murs de meulière, de brique ou de tuffeau, sous toits d’ardoise ou de lauzes : l’ennemi était partout chez lui. Pour le vaincre, il faudrait emporter comme autant de fortins toutes les maisons du pays. Il faudrait pénétrer dans les cités de banlieue et les demeures de notaires, le débusquer au coin des âtres fumant, enjamber précautionneusement les parties de Monopoly non terminées, les puzzles à mille pièces répandus à même la moquette, en prenant garde à ne pas mélanger les pièces. Il faudrait faire irruption dans les cuisines où mijote le gigot de sept heures, où dorent les tartes, où s’élaborent les recettes les plus audacieuses des cuisiniers… du dimanche. Parfois, au risque d’attenter à la pudeur des troupes, il faudrait même pénétrer dans les chambres à coucher, où Dieu sait quel spectacle les attendrait.
Les députés le sentirent. A commencer par les députés UMP. Sur les marchés, ils sentirent les mains plus molles, les regards fuyants, des électeurs et des militants. Pas ceux d’en face, non, les leurs, les commerçants, les médecins, les notaires, leurs forces vives (six jours sur sept). Leur moral descendit de quelques degrés. Ils s’en ouvrirent à Copé, lequel sentit qu’il pourrait donner dans l’affaire toute sa mesure de prometteur général félon. Jean-François Copé se déploya donc sur les plateaux, en apôtre du « débat de société », le bon, le fructueux, l’indispensable débat de société. Il regretta ostensiblement que la droite soit « trop inhibée » sur le sujet. « Moi, j’adore les vacances », trouva-t-il même le moyen de glisser - suivez mon regard. Sans avoir l’air d’y toucher, il dessina en creux le portrait (assez crédible somme toute) du patron en esclave du travail, animé de pulsions dominicides pour des raisons personnelles. Et ce qui devait arriver arriva : la troupe parlementaire déserta en masse. Harassée par le « Vietnam parlementaire » sur l’audiovisuel, elle regagna ses provinces sans prévenir personne. Un jour, le patron ordonna pour la millième fois l’offensive : mais l’appel résonna dans le vide. Pris au dépourvu, il poussa une grande colère contre les socialistes, colère que montra la télévision. Il ne faut pas s’étonner que la télévision n’ait pas raconté la véritable histoire. Toutes les histoires de résistance, heureusement pour les conteurs, ne se racontent pas à la télévision.
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29.11.2007
Pour travailler plus, encore faut-il qu’il y ait… plus de travail !
Gagner plus ? Trois obstacles, par Gérard Lafay
LE MONDE | 28.11.07 | 14h08 • Mis à jour le 28.11.07 | 14h08
Le pouvoir d’achat de la majorité des Français stagne depuis plusieurs années. Le président Sarkozy s’efforce de faire face à cette question, qu’il avait déjà mise en avant, au printemps, lors de sa campagne électorale. Les réponses apportées visent à lever un premier obstacle, qui tient à l’insuffisance de l’activité des travailleurs en France. En revanche, elles risquent de se révéler inopérantes si elles ne surmontent pas les deux autres obstacles, qui viennent d’un côté de la surévaluation de l’euro, de l’autre de la faiblesse de l’actionnariat des travailleurs français. Un premier obstacle découle du fait que, depuis de nombreuses années, nos gouvernements ont mis en place un "traitement social" visant à limiter la montée du chômage recensé. Tantôt ils ont avancé l’âge de la retraite, d’abord en le fixant autoritairement à 60 ans, puis en multipliant les préretraites en deçà de cet âge. Tantôt ils ont voulu réduire le nombre d’heures travaillées par chacun, en le limitant à 35 heures par semaine (lois Aubry). Toutes ces mesures ont été financées par l’Etat. Le résultat est double. D’une part, la France est l’un des pays industrialisés où la part de l’emploi dans la population totale est l’une des plus faibles. D’autre part, très logiquement, elle est aussi l’un de ceux où la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut (PIB) est l’une des plus élevées. Fort heureusement, le gouvernement mis en place par le président Sarkozy commence à prendre des mesures afin de surmonter ce premier obstacle, en concrétisant son slogan "travailler plus pour gagner plus". Le deuxième obstacle n’est pas propre à la France, mais il concerne toute la zone euro. Dans l’espace économique mondial, le niveau relatif des salaires découle, dans une large part, du taux de change réel, c’est-à-dire du niveau relatif des prix vis-à-vis du reste du monde. Cette question est essentielle dans les conditions de croissance, tant pour l’attractivité de l’investissement productif intérieur que pour la compétitivité du commerce extérieur. Pendant longtemps, elle n’était mise en relief que par quelques-unes, étant niée par la plus grande partie des observateurs. Mais les faits sont têtus. Aujourd’hui la surévaluation de l’euro apparaît de plus en plus évidente, non seulement vis-à-vis du dollar américain, mais encore davantage vis-à-vis du yuan chinois. En étant trop cher, l’euro interdit aux entreprises de procéder à des hausses substantielles de salaires, de même qu’il empêche l’économie de reprendre un rythme élevé de croissance. Dans sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait critiqué le comportement de Jean-Claude Trichet, de même que sa rivale Ségolène Royal. Que fait-il aujourd’hui ? Il se contente de reprendre périodiquement la même antienne, sans que ses exhortations aient le moindre effet. Pis encore. Il veut faire voter par le Parlement une nouvelle version du traité européen, quasi identique au projet de Constitution rejeté par le peuple français le 29 mai 2005. Or cette version entérine, ipso facto, l’erreur de conception inhérente au traité de Maastricht ainsi qu’une logique de libre-échange naïf. En fait, ce sont précisément ces deux éléments qui expliquent la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne et l’absence de toute politique commerciale de rétorsion face au dumping monétaire. Ce seul fait réduit à néant les décisions courageuses que peut prendre le président Sarkozy sur le plan national. Le troisième obstacle tient à l’évolution générale du capitalisme au niveau mondial qui, depuis la chute du communisme, accroît de plus en plus les revenus du capital tandis que, dans les pays développés, les revenus du travail stagnent pour le plus grand nombre. La solution est de mettre en place une forme française de capitalisme, où les travailleurs deviennent en même temps des actionnaires, parvenant à détenir la majorité du capital des entreprises. Cette solution avait déjà été amorcée par le général de Gaulle, avec l’ordonnance de janvier 1959 sur l’intéressement et celle d’août 1967 sur la participation, complétées depuis lors par d’autres dispositions. Mais la part des travailleurs reste marginale dans le capital de la plupart des grandes entreprises. Au lieu de vouloir débloquer les fonds de participation, afin de favoriser la consommation de façon conjoncturelle, il faut accomplir une véritable réforme structurelle. L’objectif est de développer ces mécanismes sur une grande échelle en mettant en place, à côté de l’actionnariat direct, des formes collectives d’actionnariat diversifié, par la création institutionnelle de fonds de pension par métier. Le président Sarkozy est sur le point de surmonter le premier obstacle. Il réussira à élever graduellement le pouvoir d’achat des Français s’il fait sauter les deux derniers. Sinon, il est condamné à l’échec.
Gérard Lafay est professeur d’économie internationale à Paris-II.
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