11.04.2008

OTAN : l'erreur de Bayrou, l'audace de Dupont-Aignan

Le premier ne risquait rien à voter la motion de censure. Il ne l'a pas fait. Le second risque des représailles de l'UMP, il l'a votée. La politique est parfois bien étrange...



Des manifestants brûlent le drapeau de l'OTAN - comcinco - Flickr - cc -
Des manifestants brûlent le drapeau de l'OTAN - comcinco - Flickr - cc -
Voici quelques semaines, François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan ont signé l'appel républicain de Marianne. Son objectif ? Rassembler l'opposition sur la défense de quatre principes républicains : la laïcité, la lutte contre les dérives monarchiques du régime, l'indépendance de la presse et la poursuite de la politique étrangère de la France. Ce dernier point rappelait l'attachement des signataires «aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.»

Une motion quasi-gaulliste
La logique voulait que Bayrou et Dupont-Aignan votent la motion de censure déposée par les socialistes à l'Assemblée nationale le 8 avril, d'autant que celle-ci reprenait quasiment les termes de l'appel de Marianne, étant rédigée dans des termes presque gaulliens, compatibles avec la droite et le centre républicains : «Nous voulons éclairer les Français sur la dangereuse rupture que sont en train d'opérer le président et son gouvernement avec le consensus national qui prévalait sur les principes d'indépendance militaire et stratégique de notre pays.» (…) « L'ouverture de négociations sur le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan, la compréhension affichée envers la funeste intervention américaine en Irak, le discours prononcé par le chef de l'Etat devant le Congrès américain ont posé les jalons d'un alignement atlantiste global dont nous récusons la pertinence et l'opportunité pour notre pays.» On a même entendu le très peu gaulliste Nöel Mamère tonner dans l'hémicycle : «On aurait presque envie de dire : MM. Chirac et Villepin, revenez, ils sont devenus fous!»

Un argumentaire peu convaincant
Or Nicolas Dupont-Aignan a voté cette motion tandis que François Bayrou s'abstenait. Un vote inversement proportionnel au risque que comportait ce vote : nul pour François Bayrou, que Nicolas Sarkozy continue de considérer comme un ennemi prioritaire, et conséquent pour Dupont-Aignan, qui appartient à la majorité. Le silence assourdissant d'un Philippe de Villiers ou d'autres députés supposés de sensibilité gaulliste, qui ont voté contre le motion de censure, confirme d'ailleurs l'audace de NDA. Par contraste, celle-ci souligne l'erreur de François Bayrou, qui prend, lui, le risque de n'être compris ni de ses électeurs, aujourd'hui majoritairement opposants au régime, ni de ses militants (voir l'article d'Anna Borrel). Certes, le leader du MoDem a fourni une explication à sa décision en regrettant que les socialistes aient «mélangé» deux sujets, l'OTAN et l'Afghanistan qui, dans son esprit, ne devaient pas l'être, affirmant même qu'il aurait voté la motion si elle n'avait porté que sur l'OTAN. L'argument ne convainc guère à la lecture de la motion de censure qui dénonce globalement le risque d'une dérive atlantiste du régime : la question de l'Afghanistan y est presque secondaire.

Mercredi 09 Avril 2008 - 09:02
Philippe Cohen

23.01.2008

Réforme de l'audiovisuel public : pour le meilleur ou pour le pire

La décision du Président de la République de supprimer toute publicité sur les chaînes publiques part d’une bonne intention mais risque de se retourner contre le service public.

Oui, il y a sans doute trop de publicité sur France2 et France3, les piégeant dans l’engrenage d’une course à l’audimat qui n’est pas toujours belle à voir et qu’elles ne peuvent pas, par nature, gagner sur ce terrain peu reluisant de la télévision purement commerciale. Faut-il pour autant tout supprimer ? N’allons-nous pas passer d’un excès à l’autre ? Attention à ne pas enfermer France télévisions dans une espèce de ghetto culturel qui l’éloignera des Français, favorisera les chaînes privées aux émissions parfois racoleuses et aboutira en fin de compte au démantèlement du service public.

Surtout, où trouver les 1,2 milliard nécessaire à l’opération (800 millions de pub et 400 millions pour remplacer les 3 heures de pub par des programmes) ?

Pourquoi ne pas mettre en œuvre une politique plus équilibrée, plus progressive ? Pour ma part, je proposerai :

  1. Une suppression partielle de la publicité de 19H30 à 22H afin de libérer la première partie de soirée de la tyrannie de l’audimat. Dans une première étape pourquoi ne pas tester cette solution sur une seule chaîne publique : France3 par exemple.
  2. La création d’une taxe sur les ressources publicitaires des chaînes privées, car il n’y a aucune raison pour que cette opération bénéficie exclusivement à ces dernières.
  3. Une légère et progressive augmentation de la redevance car on ne peut pas avoir un service public fort, comme en Allemagne, sans un financement pérenne. Cela aiderait aussi à la constitution d’un pôle extérieur dynamique dans le monde (RFI, TV5, France 4).
  4. De nouveaux cahiers des charges différenciés par chaîne, tout en veillant à ne pas étouffer le service public sous des contraintes irréalistes.
  5. L’interdiction, comme dans d’autres pays, pour un groupe économique détenant une chaîne de télévision de vivre des commandes de l’Etat (armement, BTP…).

Rouvrir le débat sur l’avenir du service public de l’audiovisuel n’est pas anodin. Cela peut mener au pire comme au meilleur. Quand on voit les difficultés pour s’exprimer dans notre pays sur certaines chaînes privées, quand on connaît les pressions répétées sur certaines dans le service public, il est clair que pour conserver un minimum de liberté d’expression, nous avons intérêt à rester vigilants ! A agir pour que la réforme de l’audiovisuel public mène au meilleur…

Par Nicolas Dupont-Aignan

27.11.2007

Face à la crise des banlieues, encore et toujours la politique des mesurettes !

Les incidents de Villiers le Bel rappellent à l’opinion combien les « cités » françaises sont hautement inflammables.

Malheureusement, sur le terrain rien n’a véritablement changé depuis 2 ans. Certes, des milliards sont dépensés pour démolir des tours et rebâtir des logements plus vivables mais les causes profondes de la crise demeurent. La faiblesse de l’Etat, le déficit d’éducation, le double langage de ceux qui devraient montrer l’exemple, l’anémie économique.

Jamais les effectifs de police n’ont été aussi faibles dans les commissariats de quartier, les bureaux de police de proximité ferment les uns après les autres et des questions pourtant simples à résoudre, comme l’interdiction d’importation des mini-motos, sont laissées en jachère. Depuis des mois, je dénonce le scandale de ces engins non-homologués, interdits de circulation qui sont vendus pour rien sur Internet et dans les hypermarchés. Dans les cités, ces motos sont utilisées sans casque, sans éclairage, par des enfants. La plupart du temps, la police ne peut intervenir sans que les contrevenants prennent la fuite, mettant en danger leur propre vie et celle d’autrui. Combien de morts faut-il attendre pour enfin prendre la seule mesure raisonnable : l’interdiction pure et simple de la commercialisation ? Je pourrais aussi parler de la Justice, dont les délais d’action (lorsque action il y a !) et la mansuétude encouragent les attitudes délinquantes.

De même, on parle toujours autant de lutte contre l’échec scolaire mais les premières annonces prometteuses de renforcement des effectifs dans les établissements qui en ont le plus besoin (par exemple les LEP) ne porteront leurs fruits que si elles sont réellement suivies d’effet notamment pour le personnel non enseignant, qui fait cruellement défaut. Dans ma ville, par exemple, les médecins scolaires, infirmières, assistantes sociales manquent. Les établissements privés, où l’encadrement est assuré, voient leur liste d’attente s’allonger chaque année, le flux des candidats, notamment d’origine modeste, ne cessant de grossir.

Il faudra aussi rétablir un lien de confiance entre gouvernants et gouvernés : sans exemplarité, sans égalité de traitement entre les puissants et les autres, sans espoir collectif, le discours d’ordre des pouvoirs publics continuera de passer au mieux pour du blabla, au pire pour de la provocation. Le « faites ce que je dis, pas ce que fais » offre un prétexte rêvé à tous ceux qui préfèrent la délinquance à l’effort et qui savent entraîner dans leur sillage une jeunesse désespérée ou influençable.

Enfin, rien ne changera tant que le marasme économique, résultant pour une grande part du déficit de compétitivité de la France, continuera ses ravages. Avec un euro surévalué, des charges sociales toujours aussi élevées, un libre échange déloyal, une formation continue désespérément insuffisante, comment pourrait-on sérieusement relancer la machine ?

Pour remédier en profondeur au mal-être des banlieues sensibles, il faut enfin sortir de la politique des mesurettes à laquelle les gouvernements successifs se sont habitués au fil du temps. Un Etat régalien ferme et juste, une école du mérite, une économie d’expansion, voilà les moyens de sortir d’ici à quelques années de ce terrible engrenage dans lequel ne cessent de se débattre certains de nos quartiers.

 

Par Nicolas Dupont-Aignan 

22.11.2007

Réforme de la carte judiciaire : la politique de "gribouille"

La réforme de la carte judiciaire traduit l’incapacité de réformer sereinement et intelligemment notre pays.

Le bon sens commande bien entendu de supprimer les Tribunaux d’Instance trop petits et à vrai dire personne n’en conteste vraiment le principe. Pour autant, fallait-il aller si loin pour aboutir à la suppression de 176 Tribunaux sur 476 ? Quand on regarde la carte de France publiée dans le quotidien Le Monde (édition du 22 novembre), on comprend l’ampleur du mouvement de suppression et le coup de grâce donné à la justice de proximité.

On s’apercevra dans quelques années des ravages de cette réforme. Les économies à première vue réalisées, seront probablement compensées par des surcoûts en terme de transport. Sans même évoquer le nombre de litiges qui ne seront plus traités. De plus, cette réforme ne s’accompagne d’aucune création de Tribunal d’Instance, notamment en banlieue parisienne, ce qui aurait déchargé les Tribunaux existants complètement engorgés.

Enfin, tout le monde sait - ou devrait savoir - que notre pays dépense pour sa Justice, deux fois moins par habitant que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne. L’augmentation du budget 2008 pour la Justice est, à cet égard, dérisoire. Si l’on veut vraiment rétablir l’Etat de droit, réduire les délais, exécuter dans les faits les décisions de justice, il faut investir davantage.

Les sommes sont d’ailleurs relativement modestes en comparaison des dépenses de la plupart des autres Ministères.

Par ailleurs, en ce jour du Congrès des Maires, il serait temps de relancer une véritable politique d’aménagement du territoire. Pourquoi ne pas coordonner la réorganisation des différents ministères ? Nous éviterions ainsi d’accabler toujours les mêmes villes, petites et moyennes, qui sont en train de «crever» des délocalisations alors même que leur qualité de vie est la meilleure et qu’on entasse toujours plus d’habitants en Ile-de-France et dans les métropoles régionales, avec des surcoûts d’échelle considérables. Département par département, il faudrait analyser méthodiquement les projets de réorganisation de la carte judiciaire, hospitalière, des forces armées, etc… et répartir l’effort intelligemment.

Telle petite ville garderait son Tribunal d’Instance mais perdrait l’hôpital, telle autre bénéficierait du redéploiement d’un établissement public aujourd’hui parisien, etc…

Ce travail est possible. Il permettrait de concilier efficacité et équilibre du territoire. Malheureusement, on n’en prend pas le chemin. A la crise des banlieues s’ajoutera donc bientôt celle des territoires. Il sera alors trop tard pour pleurer.

 

par Nicolas Dupont-Aignan