16.10.2009

Faisons barrage à Jean Sarkozy !

Droits dans leurs bottes ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que Nicolas Sarkozy et ses troupes ne semblent pas s’émouvoir le moins du monde du déferlement de critiques qui s’abattent sur la possible nomination du rejeton du président à la tête de l’EPAD. Il faut donc garder la pression.

Une rhétorique grossière

Heureusement que le ridicule ne tue pas car les arguments de défense de Jean Sarkozy atteignent des sommets difficilement atteignables. A tout seigneur, tout honneur, le fils de président a trouvé une réplique amusante : « quand on parle de dauphin, je comprends mieux pourquoi : j’ai vu qu’il y avait un certain nombre de requins autour de moi ». Le conseiller général de Neuilly ose même affirmer que « lorsqu’on s’appelle Sarkozy, les choses sont parfois plus difficiles ». Mais bien sûr !

Ses défenseurs détournent le débat en parlant de « chasse à l’homme ». Même le plus gros reste quand même le parallèle avec Martine Aubry, fille de Jacques Delors. Jean-François Copé a osé la comparaison en soulignant que l’actuelle première secrétaire du Parti Socialiste était devenue ministre en 1991 sans la moindre expérience politique. Sauf qu’elle avait 41 ans, avait fait l’ENA (en y rentrant à 23 ans, comme quoi, on peut avoir fait des études à cet âge), avait travaillé en cabinet ministériel et dans le privé….

Bref, la comparaison est complètement ridicule. La mauvaise foi atteint des limites insoupçonnables quand les clones décérébrés de l’armée du président affirment que l’on fait du racisme anti-jeune ou que sa simple élection l’an dernier fait de lui un candidat valable. Malheureusement pour l’Elysée, la ligne de défense du conseiller général est plus friable que la ligne Maginot et l’immense majorité des Français est scandalisée par une telle perspective, à en croire les commentaires sur Internet.

Un abus de pouvoir auquel il faut s’opposer

Car le fond de l’affaire est simple : est-il imaginable qu’un jeune homme de 23 ans, en 2ème année de droit puisse devenir président d’un organisme public gérant un budget d’un milliard chargé de la supervision de la première zone d’affaires d’Europe ? Et son année et demie de conseiller général reste légère par rapport à l’expérience nécessaire pour cette fonction. Peut-on décemment imaginer que l’annonce pour le poste pouvait requérir une expérience minimum de un an ?

Il n’y a pas si longtemps, Nicolas Sarkozy affirmait que « désormais, ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né, c’est de travailler dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur ». Ce nouvel épisode montre qu’il ne s’agissait que de belles paroles puisque pour réussir, Jean Sarkozy n’a pas à travailler dur ou à faire la preuve par ses études de sa valeur afin d’accéder à la tête de l’EPAD. Il a seulement besoin d’être bien né.

Jean Sarkozy n’a aucune qualification pour ce poste autre que le nom de famille qu’il porte et il est scandaleux que son père soutienne une candidature qui a plus à voir avec le comportement de dictateurs de contrées lointaines. En agissant de la sorte, il humilie la France, qui est aujourd’hui moquée aux quatre coins de la planète. Il n’est pas acceptable de laisser le président de la République rabaisser notre pays en soutenant une telle nomination, parfaitement injustifiable.

C’est pourquoi, même si cette affaire peut sembler secondaire, elle est en fait essentielle. Nous devons faire un maximum de bruits pour faire barrage à une telle nomination en signant et en faisant signer la pétition contre sa nomination. Nous avons encore du temps pour faire reculer l’Elysée !

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/10/15/01002-2009101...

Le lien vers la pétition contre sa nomination (le serveur est souvent surchargé) : http://www.mesopinions.com/Jean-Sarkozy--renoncez-a-postu...

15.10.2009

"L’effort économique à fournir devra s’accompagner d’une vraie justice sociale. Nous en sommes loin !"

« Les Français ne supporteront bientôt plus le pouvoir sarkozyste »

Libération, jeudi 15 octobre 2009 - Interview - Propos recueillis par Christophe Forcari

La candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense (Epad) n’a pas été digérée à droite. Mais rares sont ceux qui osent le dire. Au gouvernement, seule Rama Yade admet que le climat est mauvais. Ainsi que l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Député (non-inscrit) de l’Essonne, Nicolas Dupont-Aignan, qui a quitté l’UMP début 2007, peut se permettre de dire tout haut ce que nombre de ses ex-collègues pensent tout bas.

En soutenant les ambitions de son fils, Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas tiré une balle dans le pied de la droite ?

Nicolas DUPONT-AIGNAN : il est carrément en train de scier la branche sur laquelle il a été élu. Il a porté pendant sa campagne un certain nombre de valeurs comme le mérite, le travail, qui sont aujourd’hui battues en brèche dans l’exercice du pouvoir. Son attitude brise le pacte républicain. Beaucoup de gens rejoignent aujourd’hui notre mouvement Debout la République, choqués par la nomination de Jean Sarkozy, et ils viennent pour la plupart de l’UMP. Dans son électorat, la désillusion à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la hauteur des espérances suscitées.

Avec cette affaire et la polémique sur Frédéric Mitterrand, l’UMP ne tourne-t-elle pas le dos à son électorat ?

C’est une certitude. Cette inversion de valeurs n’est pas nouvelle. Depuis l’élection du président de la République, nous assistons à une vraie rupture : la dévalorisation de la fonction présidentielle. Nicolas Sarkozy agit avec la plus grande désinvolture, non seulement à l’égard du Premier ministre, mais aussi des parlementaires et surtout des Français. Dans la Ve République, le Président dispose de grands pouvoirs qui exigent de lui, en contrepartie, une rigueur et une exemplarité irréprochables. Sinon le risque d’une dérive vers un pouvoir personnel est grand. C’est le cas aujourd’hui. Le double langage est permanent. Les actes sont totalement contradictoires avec les intentions affichées. Trois exemples. Le président de la République a fait de la sécurité son fonds de commerce ; mais on réduit les effectifs dans les commissariats. Sur la régulation du capitalisme, il prône le retour du volontarisme public en économie - que je défends -, mais il donne de l’argent aux banques sans les contrôler. Il se fait le héraut du mérite au lycée, mais il organise l’arrivée de son fils à la tête de l’Epad. Cette schizophrénie ne peut pas durer.

Comment jugez-vous le manque de réactions des députés UMP ?

Un système de parti unique a été mis en place, d’où sont écartées les personnalités les plus fortes et celles qui réfléchissent. On ne peut pas attendre de leur part la dénonciation d’un système qui les nourrit. Je suis pourtant impressionné par le nombre de mes collègues qui se rendent compte des dérives et s’inquiètent de l’impasse économique et sociale dans laquelle le pays est entraîné. Quelques-uns tentent de résister à leur façon, mais la plupart n’osent pas franchir le Rubicon comme je l’ai fait en 2007, en dénonçant le candidat du show-biz, de la frime et du fric. Les parlementaires UMP évolueront le jour où ils auront le sentiment qu’une alternative à droite peut gagner. Je suis convaincu que les Français ne veulent pas du retour de la gauche et qu’ils ne supporteront bientôt plus le pouvoir sarkozyste. Il faut s’organiser pour préparer la suite.

Jean-François Copé pourrait incarner cette alternative à droite ?

J’ai l’impression qu’il mise plutôt sur 2017 que sur 2012. La question n’est pas de remplacer une personne par une autre, aussi brillante soit-elle. L’enjeu est de changer radicalement de politique. Malgré les beaux discours, ce gouvernement est en train d’échouer. Il ne remet pas en cause un système mondialiste de libre-échange intégral suicidaire pour nos emplois, un euro surévalué par rapport au dollar et une oligarchie bancaire étouffante pour nos PME. Tant que nous ne nous attaquerons pas aux causes du chômage, nous ne résoudrons rien.

Cette situation peut-elle nourrir un retour du FN ?

Si une droite républicaine et sociale n’émerge pas rapidement, un retour de l’extrémisme est à craindre. Beaucoup se sentent orphelins d’un vrai rassemblement gaulliste.

En intégrant la majorité présidentielle, Philippe de Villiers vous a dégagé le terrain du souverainisme ?

Ce n’est pas seulement la question de la souveraineté de la France qui est en jeu, mais la survie des principes républicains. L’effort économique à fournir dans les années qui viennent devra s’accompagner d’une vraie justice sociale. Nous en sommes loin.

09.10.2009

Edito

Le tourbillon des petites polémiques n’en finit pas de sillonner notre pays qui, pourtant, n’en a vraiment pas besoin. Où s’arrêtera-t-on ? La politique spectacle (shows communicationnels incessants, « prises de guerre » avec la politique d’ouverture, « cagnottes » scolaires,…) a laissé la place à la politique people (grand déballage sur la vie privée d’Eric Besson, écho sur la nouvelle romance de Ségolène Royal,…), avant de sombrer carrément dans le sordide avec l’affaire Polanski et ses hallucinants prolongements.

Que révèle ce climat ? Outre le goût immodéré de notre temps pour l’immédiat, le sensationnalisme, même de bas-étage, ou encore la tentation de la transgression permanente telle qu’elle est montrée en quasi exemple dans les hautes sphères, l’air du temps reflète d’abord le vide du débat public, le renoncement de la classe politique à peser sur le cours des choses, par résignation ou laisser-faire. En effet, sorti des annonces fracassantes, des promesses tonitruantes jamais suivies d’effets (remontée de l’insécurité, retour de plus belle de la spéculation, abandon des ouvriers Gandrange,…), sorti des réformes dangereuses car pharaoniques (Grand Paris) ou taillées sur mesures pour les amis du Fouquet’s (libéralisation des jeux, bouclier fiscal,…), force est de constater que nos gouvernants refusent de s’attaquer à la racine des problèmes qui tourmentent nos concitoyens.

Face à la morne plaine de cette vie politique faite d’apparences et d’incantation, Debout la République se distingue précisément par sa volonté d’oser dire les choses et d’oser proposer les solutions audacieuses qui, seules, peuvent redresser le pays. Refuser de s’enliser dans les petites polémiques qui détournent de l’essentiel pour se consacrer encore et toujours aux vrais défis que doit relever la France, est en quelque sorte notre marque de fabrique à DLR. Et nous n’en changerons pas !

Par Nicolas Dupont-Aignan

19.03.2009

Irresponsable politique de classe

En mettant en jeu à l’Assemblée Nationale sa responsabilité, le gouvernement a fait plier sa majorité sur le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN.

J’ai exprimé dans l’hémicycle les raisons de mon opposition à cette malheureuse décision. Les huit non-inscrits ont voté contre, mais dans la majorité peu de députés ont refusé de prendre part au vote, seul un d’entre eux, mon collègue de l’Essonne Franck Marlin, osant refuser la confiance. Les grands principes s’arrêtent donc aux petites soupes…

Aujourd’hui, c’est un autre vrai sujet qui fait l’actualité. Contre l’oukase du président de la République, se refusant à toute remise en cause du « bouclier fiscal », la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée a approuvé le principe d’un amendement instaurant une contribution exceptionnelle des ménages les plus aisés à la solidarité nationale. Il est vrai que ce « bouclier fiscal », qui se traduit par un remboursement de l’Etat à quelque 850 ménages d’un montant moyen de 370 000 euros, devient indéfendable alors que le chômage partiel se propage comme une traînée de poudre. Mais là encore, on pourra sans doute compter sur la discipline majoritaire qui règne au sein du groupe UMP pour rétablir l’ordre présidentiel…

Nicolas Sarkozy déclare : « Je n’ai jamais été élu pour augmenter les impôts ». Il aurait dû ajouter « des milliardaires ». Car la majorité a quand même créée depuis 2007 une dizaine de taxe qui touchent de plein fouet les classes moyennes, alors que les largesses en faveur des plus hauts revenus et patrimoines se multiplient, au risque d’encourir l’accusation de « politique de classe ». Quelle absence de bon sens, de sens élémentaire de toute justice, particulièrement en ces temps de crise ! Alors que les licenciements se succèdent en cascade, il va de soi qu’il faut partager l’effort. Il est donc indécent de laisser les plus aisés à l’abri, pire de leur reverser des sommes importantes.

D’ailleurs, l’argument invoqué par le président de la République ne tient pas : ce qui pouvait être vrai en circonstances normales, ne l’est plus, bien évidemment, alors que le contexte a changé du tout au tout. Et puis, comment ne pas ressentir un malaise face à un Nicolas Sarkozy qui, d’une part, s’arc-boute, au nom de ses promesses de campagne, sur les avantages accordés à ceux qui en ont le moins besoin, et de l’autre s’empresse de prendre des mesures, comme le retour dans l’OTAN, qu’il s’était bien gardé de dévoiler au peuple français au printemps 2007 ? Un deux poids deux mesures qui, dans ce climat de colère sociale montante, risque de crever tous les plafonds de l’insupportable…

Il faut donc, à tout le moins, suspendre le bouclier fiscal pour un an – reconductible selon l’évolution de la crise. Mais que cela n’empêche pas d’engager dans le même mouvement une vraie réforme fiscale établissant un peu de justice. A cet égard, pourquoi ne pas supprimer du calcul de l’ISF la résidence principale, tout en augmentant, comme le projette Barack Obama aux Etats-Unis et Gordon Brown en Grande-Bretagne, la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu ?

D’une manière générale, en discutant ces derniers jours sur les bancs de l’Assemblée Nationale, j’ai pu constater que les parlementaires sont nombreux à s’étonner de cette myopie gouvernementale. La colère monte dans le pays, les injustices sont criantes et les ministres semblent hors du temps. Il serait malvenu, pour ne pas dire dangereux, d’ajouter à la scandaleuse provocation lancée aujourd’hui par le MEDEF contre les syndicats, une politique de complaisance vers les plus riches, teintée de morgue envers tous les autres. Oui, il est temps d’arrêter cette irresponsabilité qui consiste à jouer avec la patience des Français.

Par Nicolas Dupont-Aignan

14.01.2009

VŒUX A LA PRESSE de Nicolas DUPONT-AIGNAN Lundi 12 janvier 2009 – Assemblée Nationale

Permettez-moi de vous remercier de votre présence et de vous adresser tous mes vœux pour 2009.

Vous avez reçu ma carte de vœux et vous avez pu constater que dans le terrible contexte économique et social, Debout la République fait le pari de l’espérance.

Ce bébé prêt à marcher pour les élections européennes c’est, comme le disait un fameux spot publicitaire, « quelques grammes de douceur et de finesse dans un monde de brutes ».

C’est d’ailleurs dans les périodes de crise et de trouble qu’émergent des solutions nouvelles portées par des équipes renouvelées.

Ainsi, en chinois, le mot « crise » se traduit-il par deux idéogrammes : l’un signifiant la destruction, l’autre la reconstruction.

Alors formons le vœu pour 2009 que cette transition ne soit pas trop douloureuse.

Elle le sera d’autant moins que nous serons capables de proposer et de porter une politique alternative. Il y a urgence.

Il est vrai que la situation est surréaliste. Nous sommes un peu comme sur une plage, prévenus (et c’est notre chance), qu’un tsunami va déferler sur la côte mais avec des dirigeants qui demeurent immobiles, alignant discours sur discours.

La gauche est paralysée, tétanisée, tiraillée entre la compromission avec le modèle libéral oligarchique et le retour aux vieilles lunes.

La majorité ne sait plus où elle en est. Le gouvernement appuie sur le frein et l’accélérateur en même temps. Par exemple : il propose un mini plan de relance alors qu’il met en œuvre un budget 2009 d’extrême rigueur. On promet la croissance de l’investissement public mais on réduit les dotations aux collectivités locales qui en représentent 75%, on ne lève pas le petit doigt, on l’a encore vu jeudi dernier, pour nos hôpitaux publics qui sont pourtant au bord de la rupture…

En vérité, la violence du choc qui va s’abattre sur la France et l’Europe n’est pas anticipée.

Le Président quant à lui s’agite de plus en plus. Il a inventé le « bougisme ». Au célèbre « je pense donc je suis » de Descartes, Nicolas Sarkozy a substitué le « je bouge donc je suis ».

Comme si son impuissance de plus en plus visible à traiter les causes de la crise économique l’obligeait à lancer des contre-feux pour détourner l’attention et donner l’illusion de l’action.

Malheureusement cette politique du coup d’éclat permanent sera sans effet sur les désordres économiques et sociaux très graves du pays et donc sur les souffrances de nos concitoyens. D’autant que le Président semble vouloir à chaque nouvelle réforme détricoter le logiciel français et inquiéter, ce faisant, un peu plus nos concitoyens.

Audiovisuel public affaibli, repos dominical entamé, suppression du Juge d’instruction, discrimination positive larvée, menace sur la laïcité, services publics remis en cause... Sans même parler de la politique étrangère et de défense, de plus en plus alignée sur celle des Etats-Unis.

On voit très bien la France que dessine le Président de la République : si éloignée de notre bonne vieille devise « liberté – égalité – fraternité ».

Mais tout cela ne durera pas car les Français, peuple sage, ne supporteront plus bientôt toute cette agitation qui détourne des vrais enjeux. Nos concitoyens, plus que jamais, attendent une autre politique. La gauche est incapable de l’offrir car elle se refuse à voir les causes réelles de la crise actuelle : un Etat faible, une compétitivité en chute libre, une Europe naïve – voire complaisante - face aux excès de l’ultralibéralisme. On comprend dans ces conditions pourquoi les Français se détournent d’elle.

C’est donc à nous d’offrir une alternative sérieuse et crédible à l’impasse, en un mot c’est à nous de préparer l’après Sarkozy.

La transformation de Debout la République en un parti politique à part entière doit répondre à cette nécessité publique.

Une politique économe en effets de manches mais enfin capable de boucher les trous dans la coque du navire. Moins de réformes mais mieux de réformes.

Depuis des années Debout la République propose justement ces actions de fond qui visent à redresser la France sur des bases solides.

- Protéger le pays d’un libre échange intégral qui tétanise nos forces vives, pour défendre l’emploi et le pouvoir d’achat.
- Réaffirmer les principes exigeants de la République pour redonner le sens de l’effort aux Français et rétablir la cohésion nationale.

Bien évidemment, rien ne peut se faire, comme je l’ai indiqué dans le discours du congrès fondateur du 23 novembre, sans retrouver une marge de manœuvre nationale, et donc sans refonder l’Europe et sans promouvoir une mondialisation plus humaine.

Car il est aujourd’hui évident qu’un euro surévalué, un libre échange déloyal et l’absence d’une vraie politique industrielle, laminent l’économie européenne. Derrière la crise financière, ne l’oublions pas, il y a avant tout la crise de l’économie réelle - le déficit de notre commerce extérieur pour 2008 approche ainsi les 60 milliards d’euros ! Si on ne s’attaque pas aux causes de cet effondrement industriel, la France et l’Europe ne guériront pas.

Reconnaissez que depuis des années nous n’avons nous jamais changé de discours. A l’époque, quand nous dénoncions le capitalisme fou, l’oligarchie européenne, les privilèges de l’élite, on nous regardait de haut et on nous caricaturait.

Aujourd’hui, on s’aperçoit que ce que nous disions n’était pas si faux et que notre cohérence intellectuelle, que notre constance, constituent un vrai atout dans un monde politique qui, malheureusement, dit trop souvent tout et son contraire au gré des circonstances.

Ce n’est d’ailleurs pas étonnant si plus en plus de Français nous rejoignent. Chaque jour des élus, des cadres, des adhérents d’anciens mouvements gaullistes ou républicains, sans parler de ceux qui ne s’étaient jamais inscrits dans un parti politique, viennent à notre rencontre.

Sur Internet nous disposons d’un mouvement de confiance sans précédent avec de très nombreux jeunes qui, justement, veulent de l’authentique et du sérieux, au service de l’intérêt national.

Notre défi pour 2009 est simple : organiser nos forces militantes (à cet égard, le Conseil National du 18 janvier marquera une nouvelle étape dans la structuration de notre mouvement) et aller à la bataille électorale des européennes.

Pourquoi la bataille des européennes ? Car depuis toujours nous affirmons qu’au cœur de la crise, il y a l’abandon par la France de sa capacité à maîtriser son destin, de surcroît au profit d’une politique européenne suicidaire pas seulement pour les Français, mais pour tous les Européens. Cette élection sera le référendum dont les Français ont été privés sur le traité de Lisbonne.

Mais nous abordons cette élection avec la volonté d’aller au-delà du constat critique en vérité partagé par une très grande majorité de Français, pour proposer une refondation européenne, le fameux plan B.

Contrairement à ce que l’on veut faire croire, nous ne sommes pas contre l’Europe mais pour une autre Europe - à vrai dire la seule qui apparaisse comme viable et efficace - qui s’appuie sur les peuples qui la compose, les respecte, leur offre un avenir de progrès économique et social.

J’espère bien que notre plan B sera la surprise de ces élections. En voici les principaux points :

1 – Bâtir de nouvelles institutions permettant l’Europe à la carte, projet par projet. La Commission étant remplacée par des agences thématiques financées par les pays qui participent à la coopération voulue.
2 – Rendre des compétences aux Nations démocratiques pour mettre fin à la boulimie normative qui entrave et déresponsabilise.
3 – Revoir le statut de la Banque centrale pour mettre l’euro au service de la croissance.
4 – Mettre en œuvre le protectionnisme européen pour compenser la déloyauté du libre échange d’aujourd’hui.
5 – Substituer aux négociations d’adhésion à la Turquie un vrai partenariat avec ce pays, comme avec les grandes Nations qui entourent l’Europe.
6 – Ne plus lier l’engagement européen à l’adhésion à l’OTAN, pour permettre l’ébauche d’un noyau de défense indépendant autour de la France.

En définitive, notre campagne s’ordonnera autour de trois grands mots : démocratie, protection, indépendance.

Nous présenterons les têtes de liste le 5 février et je peux vous le prédire, à tout le moins en former le vœu : nous serons de ceux qui apporteront l’oxygène dont notre vie politique a tant besoin.

09.01.2009

SOS Hôpital public

Je me permets de vous transmettre un communiqué de Nicolas Dupont-Aignan. que j'approuve totalement.

COMMUNIQUE DE PRESSE

Pour des états généraux de l’hôpital public

Les déclarations du Chef de l’Etat sur les moyens de l’hôpital public, qui seraient selon lui tout à fait suffisants, provoqueront très légitimement un profond sentiment d’injustice parmi les professions concernées.

Il est vrai qu’une partie des déficits s’explique par l’inertie, la désorganisation aggravée par l’introduction des 35 heures, et le manque de cohérence dans l’organisation des soins.

Comment, cependant, Nicolas SARKOZY pourrait-il ignorer la stagnation endémique des salaires des personnels hospitaliers depuis une dizaine d’années, le scandale absolu des heures supplémentaires et nocturnes peu ou pas rémunérées et la très inquiétante crise de vocations que provoque, en conséquence, cette paupérisation rampante de l’hôpital public, notamment chez les infirmiers et infirmières ?

Plutôt que d’imposer une énième loi technocratique, le gouvernement ferait mieux de remettre à plat l’hôpital public en France, en convoquant des états généraux associant réellement l’ensemble des acteurs concernés.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député de l’Essonne Président du rassemblement gaulliste et républicain Debout la République

07.01.2009

L’Elysée se casse les dents sur le dimanche... dans un silence médiatique sidéral

Tout d'abord, chers lecteurs et amis, en ce début d'année, recevez tous mes meilleurs voeux de bonheur et de réussite pour vous et vos familles.

Philippe Martinez-Mateos.

L’étrange défaite du dimanche

Libération 22 décembre 2008

Par Daniel Schneidermann

Etrange défaite, que celle de Sarkozy dans l’étrange « bataille du dimanche ». Les journaux télévisés n’y auront rien vu. La plupart des journaux non plus. Mais loin des caméras, c’est bien d’une déroute qu’il s’agit. Il faut dire que le sarkozysme a été défait par un ennemi invisible, incernable, tirant parti de manière scandaleuse des accidents du terrain. L’affaire, comme toutes les campagnes, avait pourtant débuté en fanfare. Sondage triomphant sur les attentes des Français dans l’irremplaçable journal(du dimanche) de l’ami Lagardère, succession d’interviews de vendeurs « qui ne demanderaient pas mieux que de travailler le dimanche mais en sont empêchés par les syndicats », de réunions de coordination de la majorité, etc.

Pourtant, au bout de quelque temps, il fut clair que le dimanche résistait. Le front patinait. Et puis, il n’y eut plus de doute : le dimanche serait le Stalingrad de ce conquérant. Il y était enlisé. Le dimanche résistait plus efficacement que les cheminots, les enseignants, les parents d’élèves, les chercheurs, les magistrats, les étudiants, les chômeurs, les assurés sociaux, et les salariés de France Télévisions.

D’où venait cette résistance ? Il y avait des réfractaires apparents : les commerçants des centres-villes, inquiets de perdre leur clientèle au bénéfice des centres commerciaux des périphéries, dès lors qu’ils auraient l’autorisation d’ouvrir le dimanche. On donna la parole à ceux-là.

Il devint pourtant évident que ces braves commerçants n’étaient que la vitrine légale du mouvement. Horreur : ils bénéficiaient du soutien de la population. Derrière eux, on devinait une résistance clandestine réelle, considérable, invisible. On la devinait partout et nulle part : dans les parcs, les jardins d’enfants, sur les terrains de sport, dans les cinémas, les théâtres, les guinguettes, les garrigues, les sentiers de grande randonnée, sur les bords du Cher ou de la Loire, sur les parcours de santé des bois de la région parisienne et des rives des ruisseaux de montagne. Cette résistance sautillait, gambadait, flânait, s’assoupissait parfois, s’ennuyait même éventuellement, mais - double horreur ! - n’en concevait nulle culpabilité. Elle ne répliquait rien aux objurgations du conquérant : elle regardait ailleurs, et gambadait de plus belle.

Et encore, cette résistance dominicale-là, s’exprimant dans des lieux publics, pouvait être facilement localisée et circonscrite. Mais il y avait pire. Une partie se terrait aussi derrière les murs des habitations privées. Murs de meulière, de brique ou de tuffeau, sous toits d’ardoise ou de lauzes : l’ennemi était partout chez lui. Pour le vaincre, il faudrait emporter comme autant de fortins toutes les maisons du pays. Il faudrait pénétrer dans les cités de banlieue et les demeures de notaires, le débusquer au coin des âtres fumant, enjamber précautionneusement les parties de Monopoly non terminées, les puzzles à mille pièces répandus à même la moquette, en prenant garde à ne pas mélanger les pièces. Il faudrait faire irruption dans les cuisines où mijote le gigot de sept heures, où dorent les tartes, où s’élaborent les recettes les plus audacieuses des cuisiniers… du dimanche. Parfois, au risque d’attenter à la pudeur des troupes, il faudrait même pénétrer dans les chambres à coucher, où Dieu sait quel spectacle les attendrait.

Les députés le sentirent. A commencer par les députés UMP. Sur les marchés, ils sentirent les mains plus molles, les regards fuyants, des électeurs et des militants. Pas ceux d’en face, non, les leurs, les commerçants, les médecins, les notaires, leurs forces vives (six jours sur sept). Leur moral descendit de quelques degrés. Ils s’en ouvrirent à Copé, lequel sentit qu’il pourrait donner dans l’affaire toute sa mesure de prometteur général félon. Jean-François Copé se déploya donc sur les plateaux, en apôtre du « débat de société », le bon, le fructueux, l’indispensable débat de société. Il regretta ostensiblement que la droite soit « trop inhibée » sur le sujet. « Moi, j’adore les vacances », trouva-t-il même le moyen de glisser - suivez mon regard. Sans avoir l’air d’y toucher, il dessina en creux le portrait (assez crédible somme toute) du patron en esclave du travail, animé de pulsions dominicides pour des raisons personnelles. Et ce qui devait arriver arriva : la troupe parlementaire déserta en masse. Harassée par le « Vietnam parlementaire » sur l’audiovisuel, elle regagna ses provinces sans prévenir personne. Un jour, le patron ordonna pour la millième fois l’offensive : mais l’appel résonna dans le vide. Pris au dépourvu, il poussa une grande colère contre les socialistes, colère que montra la télévision. Il ne faut pas s’étonner que la télévision n’ait pas raconté la véritable histoire. Toutes les histoires de résistance, heureusement pour les conteurs, ne se racontent pas à la télévision.

31.12.2008

L’euro en mal de confiance...

Sept ans après, les Français n’ont pas oublié leurs francs

Plus d’un consommateur sur quatre pense toujours dans l’ancienne monnaie pour ses achats quotidiens.

Trentenaire, parisien, surdiplômé et gagnant bien sa vie, Olivier a le profil idéal, selon l’Insee, pour ne plus réfléchir qu’en euros. Et pourtant, la semaine dernière, il a fait une rechute, à la table d’un café branché. « 3,60 euros le petit noir, c’est l’équivalent de près de 25 francs », s’est étranglé ce cadre supérieur devant le prix exorbitant.

Obligés de régler leurs achats avec la monnaie unique depuis le 1er janvier 2002, Les Français semblaient avoir pris le pli. Vu le taux de conversion (1 euro pour 6,55 francs), ils n’avaient pas le choix : la table de multiplication par 7 est la plus difficile à maîtriser. Plus chanceux, les Allemands n’ont eu qu’à faire « fois deux » pour passer du mark à l’euro. Du coup, pour les dépenses quotidiennes, de nouveaux prix psychologiques sont apparus, comme 1 euro pour une baguette. Mais sept ans après le passage à l’euro, le compte n’y est toujours pas.

Depuis fin 2006, la Commission européenne a cessé d’interroger les eurocitoyens sur le sujet dans son Eurobaromètre semestriel. À l’époque, plus de 30 % des Français estimaient que l’euro présentait plus d’inconvénients que d’avantages, et ce taux était en constante augmentation.

Manque de lien affectif

Selon l’Insee, qui a publié en avril dernier une étude sur le sujet, plus d’une personne sur quatre pense encore uniquement en francs pour ses dépenses alimentaires. Même pour des achats quotidiens et de montant limité, seulement, 55 % des Français pensent systématiquement en euros.

Les plus de 55 ans sont cinq fois plus susceptibles d’utiliser le franc que les jeunes de moins de 25 ans, les ruraux 60 % plus que les Parisiens, et les diplômés de l’enseignement supérieur deux fois plus que les non-bacheliers.

Et le phénomène s’accentue pour des biens au prix élevé, ou dont la fréquence d’achat est rare, comme un appartement ou une voiture. Là, d’autres particularités apparaissent. « Les femmes ont davantage tendance à convertir mentalement les prix des voitures en francs, ce qui est probablement lié à un intérêt plus faible que les hommes pour ce bien », relève Maêl Theulière, de l’Insee.

Pas étonnant, dans ces conditions, que la plupart des banques continuent d’éditer leurs relevés de compte dans la monnaie officielle… et en francs. Ou que toutes les chaînes de supermarchés continuent d’afficher les prix en francs. Elles auraient dû abandonner le double affichage le 30 juin 2003, comme le recommandait la Commission européenne. Mais les banques craignent de se fâcher avec leurs clients âgés. Pour les distributeurs, les étiquettes en francs sont censées rassurer les consommateurs sur le fait que, non, l’euro n’a pas contribué à l’inflation.

Forcés de s’adapter, les Français n’ont d’ailleurs pas créé de lien affectif avec l’euro. La preuve : les « balles » (1 franc), « sacs » (10 francs), « briques » (10 000 francs), « bâtons » et « plaques » n’ont pas été convertis. Quant au « Pascal », feu le billet de 500 francs, il n’a pas encore trouvé d’héritier.

25.12.2008

STOPPER L' ENGRENAGE DE LA RECESSION

Nous voilà officiellement en récession!

après nous avoir chanté au cours de 2008 "tout va bien Madame la Marquise", le gouvernement va-t-il, enfin, face au mur des réalités ouvrir les yeux?

Depuis des mois, je n'ai pourtant, avec beaucoup d'économistes (Jean-Luc GREAU,Jacques SAPIR, Gérard LAFAY), pas cessé d'alerter sur l'urgence d'une action profonde et massive de relance. Nous étions, nous disait-on des Cassandres, des pessimistes!!

La question maintenant est de savoir si nos dirigeants veulent vraiment s'en sortir?

-Le plan de relance est un trompe oeil.

-La France est muette sur l'attitude absolument scandaleuse de l'Allemagne comme de la BCE.

Dans ces conditions on peut craindre une véritable saignée en 2009, avec une flambée du chômage.

Au moment où l'Angleterre, les Etats-Unis, la Chine se lancent dans une dévaluation compétitive sans précédent de leur monnaie, la zone euro s'enferme dans une politique monétaire suicidaire. En baissant ses taux d'intérêt trop peu et trop tard la BCE condamne notre tissu industriel et nos emplois.

L'Allemagne avec ses excédents commerciaux colossaux, ses finances saines et une démographie en recul peut, sans doute, le supporter. La France, de son côté, avec une population en croissance, une jeunesse peu formée, des entreprises fragiles et des déficits importants, court au chaos économique et social.

La Grèce et l'Italie paieront aussi très cher cette myopie de la BCE ou plus exactement cette gestion au bénéfice d'un seul pays, l Allemagne qui de surcroit n'entend en rien relancer son économie.

Si l'on voulait faire exploser la zone euro, on ne ferait pas mieux!

Pour sortir de cette impasse, le Président de la république, au lieu de s'agiter en tout sens, accusant à tort et à travers sa majorité ou la gauche de tous les maux, ferait mieux de réfléchir un peu et d'ordonner ses priorités:

-1- Accentuer le plan de relance français par une baisse massive des charges sur les PME.

-2- Placer clairement l'Allemagne et la BCE qui, en vérité, en ce moment ne font qu' un devant leur responsabilité.

-3- Demander d'urgence une réunion du G7 ou du G 20 pour éviter le cercle vicieux des dévaluations compétitives qui s'apparentent au protectionnisme désordonné des années 30 .

Par Nicolas Dupont-Aignan

19.12.2008

Une nation européenne est-elle possible ?

Au moment où la France achève une présidence de l’Union marquée par la crise financière, je me permets de vous faire passer cet article réalisé par «Marianne», qui a demandé à Hubert Védrine et au philosophe libéral Pierre Manent d’évaluer la solidité de la construction européenne face au nouveau contexte international

Hubert Védrine : Ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, auteur de Continuer l’histoire, Fayard, 2008.

Pierre Manent : Philosophe, Directeur du centre Raymond-Aron, auteur de La Raison des nations, Gallimard, 2006.

 Marianne : Selon vous, une « nation » européenne, au sens plein du terme, a-t-elle une chance d’advenir ?

 Hubert Védrine : Personnellement, j’ai toujours été activement européen, mais je n’ai jamais cru en l’idée fédéraliste stricto sensu. Il s’agit d’une belle idée, mais l’expérience m’a convaincu qu’elle ne s’appliquait pas à l’ensemble européen. L’expression « Etats-Unis d’Europe » a été un slogan utile pour sortir les Européens des ornières du repli sur soi, mais pas un programme véritable. Mon sentiment, aujourd’hui plus fort que jamais, est qu’il n’y a pas une « nation » européenne ; il y a des nations européennes qui sont toujours là et, selon la formule déjà ancienne de Delors, une « fédération d’Etats-nations ». Je ne crois pas non plus en l’idée d’une « dynamique », sur le mode : « c’est une étape », « on ira plus loin », « l’opinion n’est pas encore mûre », etc. Il me semble que les opinions n’évoluent guère à ce sujet, qu’elles régressent même plutôt… Je ne conçois donc pas l’avenir de l’Europe comme s’inscrivant dans un processus de fabrication d’une nation européenne venant en punition, en substitution ou en sublimation des anciennes nations. Je crois en plus de coopération, plus de convergence, d’actions communes, etc., entre elles. Bref, je vois les choses d’une façon ambitieuse, mais autrement…
 
Pierre Manent : Je partage la perspective que vous venez de tracer. Qu’il faille aller vers toujours plus de coopération entre les nations européennes est un point sur lequel les citoyens des différents pays européens peuvent se retrouver ; mais cela suppose que les nations demeurent les éléments de base de notre vie politique. Et ce pour trois raisons principales. D’abord parce que, comme l’illustre l’histoire, le surgissement du principe consistant à « se gouverner soi-même » passe par la constitution des unités nationales. Il y a une solidarité étroite entre la formation des nations et la cristallisation des démocraties européennes, au point qu’on se demande si une démocratie détachée des nations est envisageable. En tout cas, cela ne s’est jamais vu.

La deuxième raison est que la constitution de l’Europe comme puissance n’a fait qu’un avec la montée en puissance des nations. De même que la cité était la forme politique propre à la Grèce, l’Etat-Nation est celle de l’Europe. Les partisans doctrinaires d’une nation européenne rêveraient donc de séparer l’effet de sa cause, la civilisation européenne de sa raison politique, qui réside dans une relation entre les nations, faite d’un mélange de rivalités et d’émulation.
Le dernier argument concerne un point de morale politique au sens large, vient du fait que, pour que la vie politique soit humainement satisfaisante, qu’elle ouvre un avenir qui ait du sens, il faut que les hommes politiques soient responsables devant les citoyens. Et ceci ne peut advenir qu’à l’intérieur d’une unité bien circonscrite. Les Etats-Unis sont un pays très ouvert, à la population mêlée, mais il y a une frontière nette entre les Américains et les autres, un processus d’acquisition de la nationalité très strict, un contrôle sévère des frontières. Le problème des institutions européennes est qu’on ne sait pas devant qui elles sont responsables et qu’elles-mêmes l’ignorent ! Hormis, bien sûr, devant une certaine idée de l’Europe qu’elles ont produite et entretenue. Ce manque de substance politique explique aisément leur discrédit…


Marianne : Une « nation » européenne peut-elle néanmoins valoir en tant que but ultime des Européens, horizon de leurs actions communes ?

Hubert Védrine : En rappelant le décalage qui existe entre la vision post-nationale que certains ont de l’Europe et l’Europe telle qu’elle a été historiquement, Pierre Manent montre bien les limites de cette idée. Car l’Europe n’a paradoxalement jamais été aussi forte que lorsqu’elle était divisée : c’est la désunion – ou plutôt la compétition et la rivalité entre les nations – qui ont fait sa force du XVIe au XIXe siècle. Bien sûr, il n’est pas question de transposer ces leçons au temps présent, mais parler d’une nation européenne tient manifestement de l’oxymore. Je ne pense donc pas que ce puisse être le but ultime.

Non seulement cela n’arrivera pas, mais, si l’on considère les opinions européennes, la curiosité des unes envers les autres est même plutôt moins aiguisée qu’auparavant. On le voit bien en ce qui concerne la langue, la culture, et même Erasmus. Les Français parlent moins l’allemand qu’avant ; et il s’est généralisé, chez nous comme ailleurs, une sorte d’anglais d’aéroport, purement fonctionnel, qui ne témoigne d’aucun intérêt pour les autres cultures européennes, pas même britannique ! Le temps ne me semble donc pas travailler en faveur de la formation d’une nation européenne. C’est, à mon avis, une illusion, et donc aussi une machine à créer de la désillusion.

J’ajouterais que cette idée est propre à entretenir une sorte d’incompréhension radicale du monde extérieur par les Européens. S’ils continuent à croire qu’ils vivent dans un monde post-tragique, post-identitaire et post-national, ils risquent de moins comprendre que jadis ce qui se passe dans le monde, y compris aux Etats-Unis. L’objectif reste donc bien pour moi plus d’Europe, mais pas au sens d’une dépossession des nations au profit d’un système mou, au rôle mal défini et à la responsabilité incertaine : c’est plus d’Europe au sens de plus de coopération entre les nations, plus de politiques communes. Bref, il s’agit de prendre acte de la diversité de l’Europe, sans en faire un drame, et de transformer cette diversité en force. Qu’on arrête donc de sermonner les peuples européens en leur faisant honte de ce qu’ils sont ! Se libérer de la représentation d’une Europe transnationale permettrait de consacrer plus d’énergie à trouver entre nous des objectifs communs.

Pierre Manent : Je constate d’ailleurs le même manque de curiosité mutuelle, que vous déplorez, dans mon propre métier. La formule selon laquelle « l’Europe nous ouvre l’esprit » dit exactement le contraire de ce qu’on observe. Quel doit donc être l’objectif pour nous, dans ces conditions ? Des institutions communes, nous en avons suffisamment, peut-être même trop ; ce dont nous manquons, c’est d’actions communes, dans laquelle les pays européens puissent se reconnaître et se réunir.

 

Marianne : Des événements dramatiques comme la crise actuelle ne peuvent-ils pas modifier de fond en comble ces données et pousser l’Europe à l’intégration ?

H.V. : Je n’y crois pas. On évoquait tout à l’heure les cités grecques. Je ne suis pas sûr que la menace perse ait abouti à les faire fusionner…
P.M. : Non, et chacune procédait dans son coin à ses petites négociations avec les Perses…
Hubert Védrine : Même la menace stalinienne, à l’origine de la construction européenne, n’a pas entraîné une fusion des nations. Elle a engendré des structures collectives de défense, une construction économique, un marché commun, pas plus… Je ne vois pas quel phénomène extérieur, même la crise actuelle (sauf si la Chine voulait dominer le monde et absorber l’Europe, ce qui n’est pas le cas) pourrait forger une nation européenne. Comme le montre l’histoire des nations anglaise, française ou autre, cela a été un processus très long, avec beaucoup de violence, et de répression, l’interdiction des langues locales, de la purification ethnique, etc. Tout cela est heureusement impensable à l’époque moderne. En revanche, le moment est peut-être favorable pour que l’Europe élabore ce « point de vue actif » dont a parlé Pierre Manent.

C’est même indispensable : si les Européens veulent conserver leur mode de vie et leur type très particulier de société, avec ses équilibres et sa qualité de liberté, ils doivent accepter de devenir une puissance – sinon, ils seront condamnés à la dépendance et échoueront à se préserver. Et il me semble qu’il y a, en ce moment, une vraie opportunité. Une certaine désillusion se fait jour, le réalisme est à nouveau compris, et avec des crises à répétitions, alimentaire, énergétique, écologique, financière, etc., on entrevoit la fin d’un cycle américain irresponsable. Tout cela crée une occasion pour que les Européens s’affirment, à condition, bien sûr, d’en finir avec l’illusion du dépassement des identités – officiellement abandonné mais subliminalement obsédant –, qui handicape l’élaboration d’une vraie politique commune des Européens face au monde.
Pierre Manent : A condition que l’on sorte aussi de cette « délégitimation » intime des nations, née des guerres du XXe siècle et qui, depuis l’Allemagne, s’est répandue à des degrés divers dans toute l’Europe. Comme si l’histoire de nos nations se réduisait à la succession de leurs crimes, réels ou supposés. Comment donc faire en sorte que chacune d’entre elles retrouve une certaine « amitié avec soi-même » ? Peut-être la crise aura-t-elle ce bon effet de nous ramener à une vie plus sobre et plus juste de ce que nous sommes et pouvons être.
Hubert Védrine : On ne sortira, je crois, de ce dilemme que par une approche le plus lucide possible de l’histoire, ce qui est le contraire de la repentance. Et face à la crise économique, c’est la combinaison des réponses nationales adéquates et coordonnées qui fait la réponse européenne. Bref, on n’arrivera pas à imposer une Europe-puissance par une substitution de l’Europe aux nations, mais par une prise de conscience par celles-ci de la nouvelle dureté du monde et une volonté commune, déterminée et durable.

Source : Marianne

 

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