16.11.2007

La politique de la posture, toujours et encore...

La grève des transports symbolise vraiment l’incapacité de notre pays à résoudre intelligemment les problèmes auxquels il est confronté. A l’exception des usagers, la dureté du conflit semble arranger tous les acteurs.

Du côté des syndicats, c’est le moyen d’éviter de perdre leur base ulcérée d’être pointée du doigt comme des privilégiés. Du côté du gouvernement, il y a une certaine satisfaction à afficher le visage d’une fermeté au service de la justice, alors même que sa politique économique et sociale est incompréhensible et dangereuse. On sent bien l’ambition du président de la République de réussir là où d’autres, avant lui, ont échoué…

Bien évidemment la réforme des régimes spéciaux est incontournable. Les propositions des directions d’entreprises sont d’ailleurs beaucoup plus souples qu’on ne veut le faire croire et il n’y a pas d’alignement complet sur le secteur privé.

Il reste qu’il faut aussi prendre en compte la pénibilité des métiers (horaires de nuit, travail du week-end). Mais surtout cette réforme ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des défis de l’économie française.

On peut sans cesse allonger la durée de cotisation et repousser l’âge du départ en retraite, mais cela n’aboutira à rien si la France continue de battre le record des départs en préretraites à 50 ou 55 ans, pour cause d’insuffisance de compétitivité ! C’est une génération entière qui risque de s’enfoncer dans la misère au moment de la retraite, faute du nombre requis d’années de cotisation.

Seul un regain de croissance économique, résultant d’une augmentation de la productivité et de la compétitivité de nos entreprises, peut permettre à la nation de payer l’effort à la fois pour les retraites et pour la santé. Ne nous y trompons pas, il faudra dégager une part plus importante de notre richesse collective pour accompagner dignement le développement du grand âge, c'est-à-dire du risque dépendance. Est-ce d’ailleurs si choquant ?

Depuis 1950 la France a augmenté sa part de PIB consacrée à la santé et aux retraites dans des proportions déjà considérables. C’est aussi le signe d’un pays à la fois plus prospère et plus juste, bref d’un pays civilisé. Toute la question est de savoir comment on dégage cette part nécessaire et comment on répartit l’effort.

C’est pourquoi, plutôt que de consacrer 20 minutes du journal télévisé au fonctionnement des trains comme si nous étions en guerre, il serait peut-être utile de comprendre comment on peut éviter les délocalisations ; pourquoi l’euro cher asphyxie nos entreprises ; pourquoi le travail des enfants ou le saccage environnemental en Chine nourrit des échanges déloyaux en faisant la fortune de quelques centaines de nababs. Utile aussi de parler des politiques natalistes qui permettraient de revenir à un taux de fécondité de 2,1 (nous n’en sommes pas loin) et de régler une partie du problème à échéance de 20 ans !

Utilité enfin d’aborder la question du fonds de réserve des retraites qui aurait dû être abondé des recettes des privatisations. La Norvège a su, par une politique prudente, se doter d’un tel fond exceptionnel. En un mot, seul le renforcement de nos entreprises, notre capacité à défendre nos intérêts, en même temps qu’une nouvelle organisation du système de protection sociale qui devra s’opérer dans le souci d’une vraie justice, servira nos retraites.

La tragicomédie des régimes spéciaux trahit en vérité la complaisance générale pour les postures politiciennes, au détriment de la recherche de l’intérêt général. Au risque de laisser pourrir les vrais problèmes…

 

par Nicolas Dupont-Aignan 

09.11.2007

Qu'est-ce qu'être gaulliste en 2007 ?

Comme chaque année le 9 novembre, Debout la République fait une visite soit à Colombey, soit à Lille à la maison natale du Général de Gaulle, pour honorer sa mémoire.

A chaque fois, la même interrogation revient : que signifie être gaulliste 37 ans après la mort de de Gaulle ? Et, comme toujours avec les jeunes de 20 ans qui nous accompagnent et qui sont parfois regardés comme des bêtes curieuses par les quelques journalistes présents, je rappelle qu’être gaulliste aujourd’hui ne signifie pas vouloir reproduire une action passée mais tout simplement être fidèle à des principes qui nourrissent une exigence politique utile à la France.

Pour ma part, j’en retiens quatre, qui ont invariablement marqué l’engagement du général de Gaulle :

1 l’esprit de résistance tout d’abord, qui place la confiance dans l’Homme, son sens de la justice et de la liberté, au préalable de tout. Lorsque l’essentiel est en jeu, lorsque l’intérêt supérieur est menacé, l’esprit de résistance doit l’emporter toujours et partout sur la logique moutonnière des clans, des clientèles ou des partis. C’est cette première vertu du gaullisme qui ne nous fera pas baisser les bras face à l’hideux coup d’Etat européen qui est en train de se dérouler sous nos yeux.

2 le respect du peuple ensuite car en démocratie il n’y a pas d’action possible et durable sans l’adhésion de ceux qu’elle concerne. C’est ainsi que la Vème République repose avant tout sur l’élection présidentielle au suffrage universel direct mais aussi sur le référendum.

3 l’indépendance nationale en 3ème lieu, qui fonde la liberté et la dignité d’une Nation, garantit l’efficacité de l’action publique et son caractère démocratique. Le rôle du Chef de l’Etat mais aussi de chaque responsable politique consiste avant chaque décision à ne se poser qu’une question : est-ce l’intérêt de la France ?

4 une certaine idée du monde, enfin, car le Général de Gaulle aimait la France pour les valeurs qu’elle incarne à l’intérieur comme à l’étranger. L’humanisme donne corps et force à cette « certaine idée de la France » qu’il a toujours portée haut et fort.

On le sait bien, la pensée et l’action du Général de Gaulle forment un tout cohérent : de la participation dans l’entreprise à la décolonisation ; du discours de Bayeux à la fondation de la Vème République ; du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes martelé à Québec, Mexico ou Phnom Penh à la pratique référendaire en France ; du refus des oligarchies bruxelloises à l’espoir d’une Europe des Nations qui respecte ses peuples ; du discours du 18 juin 1940 au départ solitaire de 1969.

Ces principes, cette boussole de l’action, forment un outil extraordinaire pour comprendre notre histoire, décrypter les terribles dérives d’aujourd’hui et préparer l’avenir.

Si tant de Français ont la nostalgie du Général de Gaulle, si tant de dirigeants qui trahissent perpétuellement les principes de son action, aiment tant à s’en réclamer comme malheureusement le Président de la République d’aujourd’hui, ce n’est pas un hasard !

Face à ce jeu généralisé de captation - voire d’usurpation - d’héritage, tout vrai gaulliste ne devrait plus d’ailleurs se nommer tel, mais simplement porter cette « certaine idée de la France » qui manque tant à nos compatriotes.

Alors oui, soyons fiers de l’œuvre et de l’action du Général de Gaulle : désintéressement dans l’action publique, liberté de conscience, force de conviction, fermeté du caractère, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, justice sociale, stabilité institutionnelle, effort collectif, politique étrangère et de défense indépendante… autant d’exigences pour aujourd’hui comme pour demain.

 

Par Nicolas Dupont-Aignan

03.11.2007

140% !

L’augmentation de 140% de la rémunération du Président de la République est à la fois rationnelle et indécente.

Rationnelle car, dans l’absolu, il n’est pas anormal de voir le Président de la République gagner autant que le Premier Ministre. Indécente car  on ne s’octroie pas une telle augmentation au moment où une majorité de Français affronte de réelles difficultés à boucler ses fins de mois et où on l’appelle sans cesse au sacrifice !

Comme beaucoup de Français, j’aurais aimé entendre le Président de la République se satisfaire de la somme relativement modeste qu’il perçoit aujourd’hui. Cela ne l’aurait pas empêché de faire œuvre de transparence dans la gestion des deniers de l’Elysée.

Il aurait été ainsi le seul Chef d’Etat du monde occidental à faire preuve de retenue financière.

D’autant que cette retenue vient de loin, d’une conception de la République où la probité et le désintéressement matériel l’emportent sur la recherche des avantages et des prébendes.

En France plus qu’en tout autre pays, par principe mais aussi du fait d’un contexte économique et social aujourd’hui particulièrement douloureux, la nécessité morale et même politique de montrer l’exemple au service de l’intérêt général, demeure un impératif.

Je crois sincèrement que les Français auraient été fiers de leur Président s’il avait modéré son augmentation, au lieu d’afficher un bond à trois chiffres de ses émoluments. 140%, tout de même, il en faudrait des heures supplémentaires pour obtenir un tel gain !

Dommage !

 

Par Nicolas Dupont-Aignan